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Anne, je vous supplie, à baiser apprenez

Anne, je vous supplie, à baiser apprenez,
A baiser apprenez, Anne, je vous supplie,
Car parmi les plaisirs qu’en amour on publie,
Les baisers sont divins quand ils sont bien donnés.

Je suis, et comme moi plusieurs sont étonnés,
Ayant ainsi la bouche en beauté accomplie,
Et de si bonne odeur l’ayant ainsi remplie,
Qu’à baiser un peu mieux vous ne vous adonniez.

Ce n’est pas tout d’être ensemble bec à bec,
Les lèvres se pressant d’un baiser toujours sec,
Il faut que l’une langue avec l’autre s’assemble,

Ores à son ami doucement la donnant,
Ores à son ami doucement la prenant,
La suçant, étreignant et mordant tout ensemble.

Olivier de Magny  “Anne”

[ Poète Français, ami de Ronsard et De J. Du Bellay (protagonistes de la Pléiade). Né en 1529, il décède en 1561 laissant derrière lui des oeuvres comme : Les Amours (1553), Les soupirs (1557) et les Odes (1559) ].

[Souce : Collisions sur FB]

Poésie et leucémie

Poésie et leucémie : les murs ont des poètes !

Recueil d’auteurs Facebook : “C’est une grande aventure pour la poésie et toutes les personnes qui vont se joindre à nous. Il y a quelques mois, à l’initiative de Nathalie Cougny, dix auteurs francophones amis de Facebook, ont été sélectionnés pour éditer un recueil inédit « Les murs ont des poètes ». Cette édition est unique puisque tous les droits d’auteur seront reversés à l’association “Laurette Fugain, ensemble contre la leucémie“, avec laquelle nous envisagerons une rencontre le moment venu.”

Pour le commander, il faut passer uniquement par le site : http://www.edilivre.com/les-murs-ont-des-poetes-marie-zimmer.html

les murs ont des poetes, poesie et leucémie

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Les Cahiers de Malte Laurids Brigge // Rainer Maria Rilke

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

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